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Méthodologie

Les états physiologiques

Comment chaque sortie est découpée en segments : récupération, endurance, intensité — et ce que cette segmentation révèle.

Les états physiologiques

Le principe

Plutôt que de résumer une sortie par ses valeurs moyennes, la plateforme la découpe en segments continus, chacun correspondant à un état physiologique distinct. Une sortie de deux heures peut ainsi révéler quarante minutes d'endurance, une montée en intensité soutenue, un retour en récupération — avec les durées et l'enchaînement exacts.

Trois états sont reconnus :

  • Récupération — effort bas et très régulier. Le signal est calme, l'organisme tourne au ralenti. Typiquement : retour de sortie, sortie active entre deux jours chargés, portion de descente pédalée légèrement.

  • Endurance — effort modéré, soutenu mais avec les variations naturelles du terrain et du parcours. C'est l'état majoritaire de la plupart des sorties longues.

  • Intensité — effort élevé, qu'il soit régulier (seuil, col, tempo soutenu) ou par à-coups (répétitions, relances). Ce qui distingue cet état des deux autres, c'est le niveau d'effort — pas sa régularité.

La détection d'un travail structuré en intervalles (blocs d'effort/récupération alternés) n'est pas encore modélisée comme un état à part entière — c'est une piste d'évolution future, distincte de la segmentation physiologique décrite ici.

Le signal utilisé

La classification s'appuie sur le signal physiologique le plus fiable disponible dans les données du ride. La priorité est fixe : puissance en premier, fréquence cardiaque en second, vitesse en dernier recours.

Ce n'est pas arbitraire. La puissance reflète l'effort instantané sans délai. La fréquence cardiaque est fiable mais réagit avec un décalage de 15 à 30 secondes ; certaines caractéristiques (notamment la régularité du signal) sont adaptées en conséquence. La vitesse, enfin, dépend du terrain autant que de l'effort — la méthode l'utilise mais avec des précautions spécifiques aux descentes et aux arrêts.

Comment un segment est construit

L'analyse progresse par fenêtres glissantes de 30 secondes, décalées toutes les 10 secondes sur l'ensemble de la sortie. Trente secondes, c'est une durée physiologiquement significative : suffisamment courte pour détecter des changements d'état réels, suffisamment longue pour ne pas être perturbée par un coup de frein ou un changement de braquet.

Chaque fenêtre est décrite par cinq caractéristiques :

L'intensité relative mesure l'effort moyen de la fenêtre rapporté au maximum de l'athlète. Avec la puissance, c'est la fraction de la puissance maximale aérobie. Avec la fréquence cardiaque, une formule équivalente (Karvonen) aligne l'échelle sur celle de la puissance. Avec la vitesse, la pente du terrain est prise en compte.

La régularité décrit à quel point l'effort était constant. Un effort parfaitement stable donne une régularité maximale ; un signal qui saute dans tous les sens donne une régularité proche de zéro.

Le taux de relances compte combien de fois par minute le signal a effectué des variations brusques et consécutives — la signature cinétique d'un effort par à-coups.

La densité haute est la fraction du temps passé nettement au-dessus de la moyenne de la fenêtre. Elle est élevée dans un effort qui alterne pics et relâches, basse dans un effort soutenu uniforme.

L'entropie mesure la diversité des niveaux d'effort dans la fenêtre. Un effort mono-niveau (endurance stable) a une entropie basse. Un effort varié avec plusieurs niveaux distincts a une entropie plus élevée.

La comparaison se fait ensuite en deux temps.

D'abord, l'intensité relative écarte les états invraisemblables. Un effort à la limite de la puissance maximale aérobie n'est pas de la récupération, quelle que soit sa régularité ; une allure très basse n'est pas de l'intensité. Les plages se recouvrent volontairement, de sorte qu'il reste presque toujours deux états en lice : ce premier tri élimine l'absurde, il ne décide pas à lui seul.

Ensuite, les autres caractéristiques départagent les états restants en les comparant au profil typique de chacun. L'état qui correspond le mieux est retenu, avec un indice de confiance qui reflète la clarté de la classification.

Ce tri préalable évite une erreur à laquelle une comparaison globale est exposée : quand aucun profil ne correspond vraiment, c'est le « moins éloigné » qui l'emporte, et ce n'est pas nécessairement le plus plausible. Un effort intense mais très régulier ressemble, sur le seul critère de régularité, à de la récupération.

Enfin, seules les caractéristiques réellement mesurables pour le signal disponible entrent dans la comparaison. La régularité du signal cardiaque, par exemple, n'est pas exploitable : la fréquence cardiaque est lisse par nature. Plutôt que de lui attribuer une valeur de substitution — qui reviendrait à faire peser un critère fictif sur le résultat — elle est écartée pour ce signal. C'est pourquoi une sortie enregistrée avec un capteur de puissance est analysée plus finement qu'une sortie enregistrée à la seule vitesse.

Les arrêts ne sont pas de la récupération

Un compteur n'enregistre que le temps roulé : quand vous vous arrêtez, il ne produit plus rien. Le temps immobile n'est donc pas un effort faible, c'est une absence de données — et l'analyse le traite comme tel.

C'est une distinction qui compte. Sans elle, l'état des instants qui précèdent l'arrêt se prolongerait mécaniquement sur toute sa durée : or on ralentit avant de s'arrêter et on repart doucement, si bien qu'une pause déjeuner de deux heures se retrouverait comptabilisée en récupération. Une sortie avec arrêt café afficherait une récupération que vous n'avez jamais faite.

Les arrêts apparaissent donc comme des zones hachurées dans la frise, séparant les segments plutôt que les traversant, et ils sont exclus des pourcentages : ceux-ci se rapportent au temps réellement roulé. Un arrêt est reconnu à un trou d'enregistrement pendant lequel vous n'avez pas avancé — une simple coupure de signal, elle, n'en est pas un, puisque la distance continue de progresser.

Seules les interruptions de plus d'une minute sont retenues. En deçà — un feu rouge, un croisement — l'arrêt est trop court pour changer quoi que ce soit à la lecture de la sortie : sur l'ensemble des sorties analysées, ces interruptions brèves représentent la moitié des arrêts mais à peine un huitième du temps immobile, de l'ordre d'une minute par sortie. Les afficher hacherait la frise sans rien vous apprendre.

Du signal brut au segment final

La classification fenêtre par fenêtre produit une séquence brute qui peut être localement bruitée. Trois étapes de nettoyage suivent.

Un lissage par vote majoritaire sur cinq fenêtres consécutives élimine les basculements isolés d'une fenêtre sur deux : si quatre fenêtres sur cinq disent « endurance », la cinquième qui dit « intensité » est corrigée.

Les segments très courts (moins d'une minute) sont absorbés par leurs voisins. Un flash d'intensité de 45 secondes au milieu d'une longue portion d'endurance est traité comme une transition, pas comme un état à part entière.

Enfin, une re-classification par les caractéristiques moyennes du segment final corrige les artefacts d'absorption : si un segment a été étiqueté « intensité » parce qu'il a absorbé des voisins intenses, mais que ses caractéristiques moyennes correspondent davantage à l'endurance, il est re-labellisé.

Ce que la distribution finale indique

À l'issue de la segmentation, chaque sortie est décrite par la fraction de temps passée dans chacun des trois états. Une sortie à 80 % endurance / 15 % intensité / 5 % récupération est une sortie longue avec un bloc de travail soutenu. Une sortie à 60 % intensité / 30 % récupération / 10 % endurance est clairement une séance exigeante.

Cette distribution est l'une des deux entrées du score de cohérence, décrit dans le chapitre suivant.

La synthèse narrative

À partir de l'ensemble des résultats de l'analyse — distribution des états, enchaînement temporel, caractéristiques de l'effort, score de cohérence — la plateforme génère automatiquement une description en langage naturel de la sortie, en une à trois phrases.

Cette synthèse fonctionne en plusieurs couches successives. Elle commence par identifier l'identité principale de la sortie : endurance longue, séance de seuil, récupération active. Elle y ajoute ensuite des nuances issues des caractéristiques de l'effort : une endurance très régulière, un effort par à-coups avec des relances irrégulières, une intensité soutenue mais à la limite du contrôle. La troisième couche intègre la structure temporelle — une montée progressive vers l'intensité en fin de sortie, un départ trop fort suivi d'un relâchement. Enfin, si un décalage notable est détecté entre la structure observée et les objectifs courants de l'athlète, il peut être signalé explicitement.

Le résultat est affiché directement sur la fiche de chaque sortie, et repris sur la page de comparaison. Il ne remplace pas l'analyse détaillée — il en est la lecture rapide, celle qu'on lit en premier avant de creuser les graphiques.

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