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Comment lire une courbe de puissance (MMP) à vélo

Ce que représente une courbe MMP, comment l'interpréter zone par zone, ce que sa forme dit de votre profil de coureur, et les pièges de lecture les plus fréquents.

Si vous roulez avec un capteur de puissance, votre logiciel affiche probablement une courbe qui descend de gauche à droite. C'est sans doute le graphique le plus riche de tous ceux à votre disposition — et le plus souvent mal lu.

Ce que représente une courbe de puissance

Une courbe de puissance répond à une question simple, posée pour chaque durée : quelle est la meilleure puissance moyenne que vous avez réussi à tenir pendant ce temps-là ?

Cinq secondes, une minute, vingt minutes, une heure. Pour chaque durée, un seul chiffre : votre maximum. Mis bout à bout, ces points dessinent une courbe.

On l'appelle aussi courbe MMP, pour Mean Maximal Power — puissance moyenne maximale. C'est la même chose.

La courbe descend toujours, et ce n'est pas une contre-performance : c'est une contrainte physiologique. Vous ne pouvez pas tenir 800 watts pendant vingt minutes si vous les produisez cinq secondes. Plus la durée s'allonge, plus la puissance soutenable baisse. Une courbe qui remonterait signalerait une erreur de mesure.

Comment la lire

L'axe horizontal, c'est la durée. Il est presque toujours affiché en échelle logarithmique : l'écart entre 5 s et 10 s occupe autant de place que celui entre 10 min et 20 min. C'est volontaire — cela donne autant d'importance aux efforts courts qu'aux efforts longs, alors qu'une échelle linéaire écraserait toute la partie gauche.

L'axe vertical, ce sont les watts. Attention à une confusion fréquente : un point de la courbe ne correspond pas à un moment précis de votre sortie. Le point à 5 minutes vient peut-être d'une montée en début de parcours, celui à 20 minutes d'un contre-la-montre à la fin. Chaque point est indépendant, extrait de l'endroit où vous avez été le meilleur sur cette durée.

Les quatre zones à regarder

Chaque partie de la courbe raconte un système énergétique différent.

Durée Ce qui est sollicité Ce que ça dit de vous
5 – 15 s Puissance neuromusculaire Votre pointe de sprint, votre explosivité
30 s – 2 min Capacité anaérobie Votre résistance à l'acide lactique, les relances
3 – 8 min Puissance aérobie maximale Votre plafond cardio-respiratoire, la bosse difficile
20 – 60 min Endurance au seuil Votre capacité à tenir un effort dur longtemps

Ces plages sont des repères physiologiques, pas des valeurs à retrouver telles quelles dans votre logiciel. La plupart des outils n'affichent qu'une poignée de durées repères — typiquement 5 s, 30 s, 1 min, 5 min et 20 min — dont chacune tombe dans l'une de ces zones. Peu importe le point exact : ce qui compte est la zone à laquelle il appartient.

Une progression ne se lit jamais sur toute la courbe à la fois. Un hiver de sorties longues fait monter la partie droite sans toucher la gauche ; un bloc de sprints fait l'inverse. Regarder la zone qui correspond à ce que vous avez travaillé est plus instructif que regarder la moyenne de tout.

Ce que la forme révèle de votre profil

Ce n'est pas la hauteur de la courbe qui décrit votre profil de coureur, c'est sa pente.

  • Pente raide — beaucoup de watts à gauche, chute rapide vers la droite : profil de sprinteur ou de puncheur. Vous produisez des efforts violents et courts, vous encaissez moins bien la durée.
  • Pente douce — moins de pointe, mais un plateau qui s'étire loin : profil de rouleur ou de grimpeur. Vous tenez longtemps un niveau élevé sans jamais exploser.
  • Creux localisé — la courbe s'affaisse sur une plage précise, typiquement entre 1 et 5 minutes : c'est une zone que vous ne travaillez pas, souvent la plus rentable à muscler.

Deux cyclistes de même FTP peuvent avoir des courbes de formes complètement différentes, et donc des façons de courir opposées.

En déduire sa FTP, et connaître les limites de l'exercice

La FTP — Functional Threshold Power — est la puissance que vous pourriez théoriquement tenir une heure. L'estimation la plus répandue prend 95 % de votre meilleur effort de 20 minutes.

Cette approximation est pratique, mais elle suppose que ce fameux 20 minutes ait été produit à fond, sur un terrain régulier, et en étant frais. Trois conditions rarement réunies pendant une sortie ordinaire. Concrètement :

  • un 20 minutes réalisé dans une montée régulière donne une estimation fiable ;
  • le même 20 minutes pris dans une sortie vallonnée, avec des descentes qui coupent l'effort, sous-estimera votre seuil ;
  • une sortie où vous n'avez jamais poussé ne dit rien du tout, même si la courbe existe.

Une FTP estimée sans effort maximal dans les données n'est pas une FTP basse : c'est une FTP inconnue.

Trois pièges de lecture

1. Une courbe ne mesure que ce que vous avez tenté. Si vous n'avez jamais sprinté, la partie gauche est plate — ça ne veut pas dire que vous n'avez pas de sprint, seulement que vous ne l'avez pas montré.

2. Une seule sortie n'est pas un profil. La courbe d'une sortie décrit cette sortie. Pour décrire vous, il faut agréger plusieurs semaines : on prend alors, pour chaque durée, le meilleur effort de toute la période. C'est cette courbe agrégée qui sert de référence.

3. Comparez-vous à vous-même. Les watts absolus dépendent de votre masse, de votre matériel, de la calibration de votre capteur. Une courbe comparée à celle d'un autre ne dit presque rien ; comparée à la vôtre trois mois plus tôt, elle dit tout.

L'usage qui compte vraiment

Superposez votre courbe du jour à celle de votre meilleure période. Là où la courbe du jour passe au-dessus, vous avez progressé — et vous savez exactement sur quelle durée. C'est la seule lecture qui transforme le graphique en information exploitable pour la suite de votre entraînement.